LS4, le Prince des thermiques !

Nous sommes en fin de semaine, le ciel est très beau, le bleu profond du matin se charge en mi-journée de coroles blanches éparses qui s’organisent en alignements et dont la base gagne chaque jour de l’altitude.
Mon esprit revient régulièrement sur ces conditions aérologiques et j’imagine en secret le voyage envisageable en planeur.Les amis du club de Tallard ont les mêmes préoccupations cette fin de semaine, le monoplace IK est réservé tout l’après-midi de samedi, cela devrait donner de jolis vols.

Je me concentre alors sur les conditions du dimanche.
Les prévisionnistes restent sur leur position, la journée sera bien ensoleillée, la convection devenant plus franche vers 13h30, avec des plafonds exceptionnels. Pas besoin d’avantage de réflexion, je réserve IK et tente de voir si un pilote de remorqueur est dispo.
12h00 je suis au club, et essaye de joindre Philippe pour le remorqué, pas de réponse, zut le vol risque d’être compromis. Sidonie qui est en instruction avec un stagiaire arrive au club.

Je lui fais part de ma situation, elle me propose de faire ce remorqué après la supervision des vols solo de son stagiaire.
Pas de temps à perdre, je prépare le planeur, check du carnet de route, batterie, parachute, réglage de la position, réserve d’eau, biscuits, carte de la région, recueil des champs ‘’vachables’’ et je l’amène en piste au starter planeur.

En piste !

Après la ‘’prévol’’, HR le remorqueur arrive, j’accroche le câble et m’installe consciencieusement. Devant moi Sidonie, ‘’Captain’’ triple 7 Air France, fait décoller notre attelage et dépose le LS4 comme une fleur au beau milieu d’une ascendance de la Petite Céüze.
Il est 13h50 et la convection dans les basses couches est assez irrégulière, je passe 20 minutes à me faire secouer avec des varios qui sautent de bulles en bulles. Il en faut beaucoup plus que ça au LS4 pour jeter l’éponge et 20 minutes plus tard, je transite vers le Pic de Bure…

Plateau de Bure et les radiotélescopes Noéma

… avec une altitude confortable. Au passage, IK survole un petit groupe qui termine un Pic Nic au sommet de Céüze.
Pendant la transition je regarde autour du planeur.
Au nord, l’Obiou n’est pas très balisé, la décision est prise en inventoriant les jolis cumulus situés au-dessus des Ecrins et du Queyras, ce sera cap à l’Est tout droit vers le Mont Guillaume et la Tête de Lucis.

Au niveau du Pic de Gleize, je centre IK dans du +2,5. Arrivé aux barbules, le GPS annonce 3500. La transition vers le Guillaume sera facile. Après avoir traversé l’immense clue du col Bayard, l’arrivée vers le Piolit est rassurante. Je continue la route en vol ‘’Dauphin’’ et arrive à reprendre une centaine de mettre avant d’arriver au mont Guillaume.

A partir du Guillaume, le LS4 rentre dans une masse d’air plus active. En remontant vers la Tête de Lucis, le vario s’affole. Puis d’un seul coup, le LS4 et moi prenons un coup de canon, je pars vers le haut et ma tête s’arrête à quelques centimètres de la verrière. Je ne sais pas quelle sorcière, embusquée, m’a fait ça après s’être certainement moquée de mon pilotage ! Dans la foulée, je resserre encore un peu le harnais et reprends vite mes esprits en me retrouvant centré dans une colonne d’air qui monte à +5 m/s. Vers 3700 m, je quitte l’ascendance en empruntant la branche Sud de la voie Royale, qui relie la tête de Lucis à la tête de Vautisse en passant par le col des terres blanches.
Je traverse la Durance au nord de St Crépin. Dans le secteur de nombreux pilotes s’annoncent avec des plafonds vraiment sympas. Intérieurement, je remercie chacun de ces pilotes qui viennent conforter ma décision de venir profiter des conditions de leur terrain de jeux !

J’arrive sur la tête du Perron et me laisse dériver vers le nord pour accrocher un thermique, balisé en son sommet par un magnifique DuoDiscus. Je le rejoins, on échange quelques sourires dans une spirale bien sympa. Ensuite le Duo quitte la spirale et je le vois accélérer vers le sud et le col de Vars. J’imagine la suite de son vol vers le Mont Viso ou le ‘’Parcours’’ avec encore un ou deux points de virage et un bon repas ce soir dans le sud pour fêter ce joli vol.


Pour ma part je me sens irrémédiablement attiré par les hautes crêtes encore bien enneigées qui balisent le massif des Ecrins. Je sors du thermique direction nord vers la Tête d’Aval et les Tenailles de Montbrison.

Là, en deux tours de spirale je me retrouve sous les barbules au plafond !

D’ici, la vue est magnifique, le Pelvoux, les Agneaux, la Barre des Ecrins et même la Meije sont si près qu’on pourrait les toucher.

Je regarde mon GPS, je suis bien sur le corridor de la Voie Royale et son entrée par la Montagne des Agneaux.
Je souffle un peu et en profite pour boire une partie de ma réserve d’eau et avaler un biscuit aux figues. J’ai le sentiment de pénétrer dans un monde réservé, c’est magnifique,  je profite de chaque seconde.

Sans bruit j’avance sur l’arrête qui joint le Pic de Neige Cordier et
Roche Faurio et d’une petite pression sur le palonnier, je remets le fil de laine dans l’axe. Je m’approche en toute humilité de la Barre des Ecrins, il y a encore pas mal de neige, on est sur le début juin, c’est normal même après un hiver si peu enneigé.
Le sommet de la Barre est sous l’aile gauche du LS4, si le paradis existe, j’ai le sentiment de le toucher en sortant la main par la fenêtre de la verrière !

Un fois dépassée la Barre des Ecrins, le couloir de la Voie Royale devient une évidence. L’alignement de l’arrête qui passe par le Coolidge, l’Ailefroide, les Bans, guide le regard et le dirige vers la plaine de Gap. Je suis pas à pas le GPS qui me guide au long de ce magnifique cheminement.
Au passage j’admire la face nord du Pelvoux et me remémore en coup de vent le topo de la traversée. J’avance vers le sud et mon regard se porte plein Ouest vers le Valgaudemar, Les Rouies sont juste là et en avançant encore un peu l’Olan se dévoile.
Je suis vertical du pas de la Cavale et déjà Orcières Merlette sous les ailes, je viens de clore ce fabuleux voyage au cœur des Ecrins, la Voie Royale m’a laissé passer par son magnifique tracé vers le sud. Je suis heureux aux commandes d’IK, ensemble nous avons glissé dans un pays merveilleux.

La suite du vol est plus connue, une fois croisée la Grande Autane, l’altitude accumulée au cours de ce voyage montagnard, me permet de rejoindre en un seul trait le début de la montagne de la Blanche et d’aligner cette belle crête jusqu’aux Evêchés. A la tête de l’Estrop je rejoins un superbe ASG 29 qui tourne dans une ascendance, de nouveau un tour de spirale ensemble et nous nous séparons chacun en direction de son projet de vol et de la magie qui l’accompagne.

Pour ma part, je me dis que le pont d’Aiguines constituerai un joli dernier point de virage avant le retour à l’Aéroclub Alpin de Tallard. Un coup d’œil à la montre, mince il est tard et je risque de retrouver les portes du hangar fermées avec les clefs à l’interieur. En passant par la verticale de Digne je décide finalement de stopper là ma route vers le lac de Sainte Croix et de rentrer à Tallard.
La batterie de mon téléphone GPS arrive au bout de sa charge, mince je ne pourrai même pas prévenir de la fin de mon vol !
De retour dans le circuit de Tallard, l’agent Afis a terminé sa journée à la tour depuis pas mal de temps. Les pilotes des Pilatus volent encore. Ils se chargent de l’information de trafic en répétant régulièrement les consignes d’évitement de la zone de largage des parachutistes.

Il est 18h30, le LS4 IK se pose en douceur. Quelques minutes plus tard, le planeur est rentré au hangar, la verrière, les ailes et la dérives sont nettoyées et débarrassées des pauvres moustiques victimes de collision en vol.

Je fais les papiers du vol et rentre à la maison la tête pleines d’images fabuleuses.
GC.

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